<?xml version="1.0" encoding="UTF-8" ?>
<rss version="2.0">
    <channel>
        <title>Le Cadavre Exquis - La Tribune</title>
        <link>http://le-cadavre-exquis.mozello.com/encreetacte/livres/la-tribune/</link>
        <description>Le Cadavre Exquis - La Tribune</description>
                    <item>
                <title>Les best-sellers : privilège des grandes maisons d&#039;édition ?</title>
                <link>http://le-cadavre-exquis.mozello.com/encreetacte/livres/la-tribune/params/post/2651447/les-best-sellers--privilege-des-grandes-maisons-dedition-</link>
                <pubDate>Sat, 27 Feb 2021 23:43:00 +0000</pubDate>
                <description>&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Dans un article intitulé « Des livres
par-dessus le marché » de novembre 2018 paru dans Le Monde, l’autrice et
critique Macha Séry interrogeait l’accentuation de la « best-sellerisation »
sur le marché du livre. Pourtant l’article mentionne dès les premières lignes
que :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;« la surproduction éditoriale a entraîné un recul de 30% de ventes moyennes
par titre en dix ans. »&lt;/span&gt;Aujourd’hui les best-sellers sont de plus en plus
nombreux sur les rayons des librairies et sur nos étagères, pourtant lorsque
l’on s’intéresse à la situation actuelle du monde littéraire, cet accroissement
des best-sellers peut paraître paradoxal. Un best-seller, anglicisme désignant
un grand succès de libraire, représente donc les meilleures ventes des maisons
d’édition et des auteurs, et font l’objet de gros tirages. Livres à succès, du
moins sur le plan économique, ces livres se démarquent du reste des sorties
littéraires. Le marché du livre est un marché qui se porte bien, car avec 505
millions de livres vendus en 2018, pour un chiffre d’affaire total de 2,6
milliard d’euros, l’industrie du livre a encore de belles années devant elle,
et ce malgré une très légère baisse du chiffre de vente depuis quelques années.
Les best-sellers se démarquent donc principalement par le nombre de tirages et
de ventes enregistrée par les maisons d’édition. En moyenne, un livre est tiré
à environs 6.000 exemplaires. Pourtant, pour les auteurs dit « à succès », les
tirages s’envolent comme pour l’un des auteurs les plus rentables des Editions
Robert Laffont, Marc Lévy, dont les livres ont été vendus à plus de 34 millions
d’exemplaires dans le monde. Beaucoup se demande s’il n’existerait pas une
recette à best-sellers, ceux-ci pouvant mettre en avant des ouvrages tout à
fait inattendus comme rendre totalement invisible des livres suivant a priori
la même recette. Si les romans restent la catégorie la plus vendue, les livres
jeunesse, la bande dessinée et les livres de développement personnel se vendent
aussi très bien, y compris avec la présence de plus en plus perceptible du
livre numérique, qui représente à ce jour environs 8% du chiffre d’affaire
global des ventes. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Alors, la best-sellerisation est-elle vraiment un privilège réservé aux
grands groupes éditoriaux ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/prix-litteraires-un-espoir-pour-la-frequentation-des-librairies-1606787671&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://site-1292726.mozfiles.com/files/1292726/prix_litteraires.jpg&quot; class=&quot;moze-img-center&quot; alt=&quot;&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;En 2017 le roman &lt;i&gt;L’Ordre du jour&lt;/i&gt; d’Éric Vuillard, édité par les Editions Actes Sud,
a obtenu le prix Goncourt et s’est vendu à environs 300.000 exemplaires. Un
résultat tout à fait dans la norme de ce que l’on constate au regard des
statistiques du prix Goncourt (en moyenne 400.000 exemplaires sont vendus
chaque année). D’une manière générale les livres primés deviennent à chaque
fois des best-sellers et sont donc pour les maisons d’édition de vraies valeurs
sûres car extrêmement rentables. En effet rien qu’en France et chaque automne une
douzaine de prix départagent les sorties littéraires (il en existe beaucoup
plus mais une douzaine tient vraiment le haut de l’affiche). Il est à noter
toutefois que seulement cinq « grands » prix augmentent significativement les
ventes : les prix Goncourt, Femina, Médicis, Renaudot et Interallié.
Initialement conçus pour mettre en avant les talents littéraires, les prix sont
maintenant réellement plus une stratégie commerciale, attirant l’intérêt des
médias et du public, qui associent en général les prix à un gage de qualité.
Ainsi, des auteurs relativement inconnus aux yeux du public peuvent tout de
même voir les ventes de leur livre exploser si celui-ci a la chance de pouvoir
être primé. Mais comment expliquer également que les best-sellers s’exportent
aussi bien, dépassant les frontières et se retrouvant traduits dans plusieurs
langues ? Dans une interview enregistrée dans le cadre du reportage « &lt;b&gt;Les
maisons d’édition françaises sont-elles à la page ?&lt;/b&gt; » diffusé sur France 24, le
journaliste Pierre Assouline, membre du jury du prix Goncourt explique :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;« Il
faut bien voir que depuis un demi-siècle, la plupart des lauréats du concours
sont traduits dans 20 ou 30 langues systématiquement. »&lt;/span&gt;Les prix littéraires
s’exportent et sont une véritable vitrine pour le reste du monde (tout comme
les prix littéraires internationaux ou étrangers, à l’instar du Prix Pulitzer
aux Etats-Unis par exemple, très renommé lui aussi). Pourtant il est facile de
remarquer que toutes les grandes maisons d’édition, la maison Gallimard en tête
de file, sortent tous les ans un « goncourable », c’est-à-dire un livre
susceptible d’obtenir un prix et donc de faire fructifier les ventes. Cette
pratique peut être critiquable car elle conduit les auteurs à produire des
livres plus souvent, à écrire plus vite, conduisant à force à une certaine
répétition de la recette « qui marche » et l’on peut s’interroger sur
une homogénéisation de l’offre littéraire. Le reportage de Florence Gaillard,
toujours dans le cadre de l’émission diffusée du France 24 interroge Sylvie
Ducas, auteure du livre « La littérature à quels prix » sur sa vision des prix
littéraires :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;« Finalement un prix littéraire c’est un best-seller artificiel. »&lt;/span&gt;Pour Mme Ducas, bien que faisant certes vivre la maison d’édition, cette
stratégie est dangereuse pour la littérature car elle a pour conséquence
d’effacer les autres auteurs et de laisser dans l’ombre des ouvrages tout aussi
intéressants, voir même plus, que les fameux « goncourables ».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Juliette Joste, éditrice chez les Editions Grasset, à propos
de la diversité des œuvres proposées en librairie, commente :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;« En France, on a
encore le respect du livre dans toute sa variété. »&lt;/span&gt;Si la remarque est juste,
les rayons des librairies donnant accès à un large choix, elle n’est toutefois
pas totalement applicable aux best- sellers à proprement parler, pour les
raisons invoquées plus haut. Economiquement rentable, il est assez ironique de constater
que la plupart des « goncourables » et autres livres à prix ne sont finalement
jamais lus par leurs acheteurs : un article du journal québécois &lt;b&gt;&lt;i&gt;L’actualité&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;
fait mention d’une enquête en Angleterre révélant que &lt;span class=&quot;moze-important&quot;&gt;55% des sondés
n’achetaient ces livres que comme éléments décoratifs&lt;/span&gt;. Ces livres, toujours
sous couverture du prestige que le prix littéraire représente, serviraient ainsi de «
passeport de respectabilité intellectuelle », ce qui peut faire pencher la
balance en faveur d’un caractère très superficiel de ces prix littéraires
et par conséquent de ces best-sellers. Si ces derniers peuvent tout à
fait se détacher des prix littéraires, il est quand même plus qu’évident qu&#039;ils sont un tremplin gigantesque pour les ventes. Promotion et
célébration de la littérature à la base, les prix littéraires ne risquent-ils
pas, à terme, de devenir « l’usine à best-sellers » des grandes maisons
d’édition, le fameux bandeau rouge des livres récompensés se transformant en
marque de fabrique ?&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Depuis quelques années pourtant, l’autoédition vient
se positionner comme l’alternative aux grandes maisons d’édition. Mais quels
sont les avantages de ce secteur dans le phénomène de best-sellerisation ou au
contraire ses inconvénients ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Depuis 2011 environs s’est développée l’autoédition, via
internet notamment. D’après la définition qu’en donne Wikipédia, l’autoédition
consiste pour un auteur à prendre lui-même en charge l&#039;édition de ses ouvrages,
sans passer par l&#039;intermédiaire d&#039;une maison d&#039;édition. L’ouvrage peut être
imprimé (livre, magazine) ou en format numérique (livre numérique, site web).
Émilie Paquin dans son ouvrage &lt;i&gt;Les
plateformes numériques d&#039;autoédition : état des lieux&lt;/i&gt;, précise toute de
même que l’autoédition n’étant pas associée directement à un éditeur, elle se
distingue aussi de l’édition à compte d’éditeur ou à compte d’auteur.
Aujourd’hui en France, 1 livre sur 5 déposé au dépôt légal serait autoédité,
mais encore souvent associé à l’amateurisme et au livre petit budget. L’autoédition
ne fait donc pas encore bonne presse auprès de tous les distributeurs. Pourtant
les maisons d’édition classiques commencent à se tourner petit à petit vers ce
nouveau réservoir, car bien que les succès en autoédition soient
encore rares, l’autoédition commence doucement à fournir son lot de best-sellers.
Selon le site ActuaLitté : « 11.500 titres autoédités ont fait l’objet d’un
dépôt légal en 2015 contre 4.000 en 2005 », montrant l’intérêt de plus en plus marqué d’auteurs amateurs de partager leurs écrits et&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0); font-style: normal; font-weight: 400;&quot;&gt;tenter de les faire connaître&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0);&quot;&gt;.
Pierre Dutilleur, directeur général du &lt;b&gt;Syndicat National de l’Edition&lt;/b&gt; précise
d’ailleurs :&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;« L’autoédition n’est pas notre métier, mais nous y sommes très
attentifs. C’est un formidable réservoir de succès, d’œuvres en construction,
qui va prendre de l’ampleur et continuer à se professionnaliser. »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Car là est
le grand inconvénient de l’autoédition : si les auteurs sont de fait beaucoup
plus libres que dans une maison d’édition traditionnelle et plus proches de
leurs lecteurs, ils doivent s’occuper de A à Z de la publication et de la
promotion de leur livre mais ne bénéficient pas des réseaux de libraires ou des
éditeurs. Jean Vahl, responsable de &lt;b&gt;Kindle Direct Publishing France&lt;/b&gt; (la
grande plateforme d’autoédition du site Amazon) explique même dans le reportage
de Florence Gaillard sur France 24 que « l’auteur qui vient s’éditer sur ce service est un
auteur-entrepreneur ».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Si les best-sellers provenant des plateformes d’autoédition
peuvent paraître de fait plus authentiques et moins conventionnels que les
grands primés de l’automne, leurs chiffres de vente n’atteignent pas encore
ceux du Goncourt, et les « auto-auteurs », pour espérer diffuser plus largement
leur livre, doivent se résoudre à un moment donné, à passer chez un éditeur classique (si bien
évidemment les chiffres de leur livre, ainsi que son classement dans les
meilleures ventes du site tapent dans l’œil d’un éditeur). De plus, cette
édition alternative, se développant majoritairement grâce à internet et aux
réseaux sociaux, bénéficie encore d’une « &lt;span class=&quot;moze-important&quot;&gt;étiquette péjorative pour de nombreux
libraires et journalistes&lt;/span&gt; » comme le déplore l’autrice Julie de Lestrange dans
l’article « &lt;b&gt;Autoédition : le succès si je veux&lt;/b&gt; » écrit par Delphine Peras en
2017 pour le journal &lt;b&gt;L’express&lt;/b&gt;. Les best-sellers ne sont donc pas uniquement
réservés aux grands groupes éditoriaux, comme en témoigne le premier roman
d’Agnès Martin-Lugand &lt;i&gt;Les gens heureux
lisent et boivent du café&lt;/i&gt;, livre que l’autrice a auto-publié en 2012 via la
plate-forme d’Amazon. Toutefois les éditeurs traditionnels restent les acteurs
principaux des meilleures ventes, les budgets alloués à la communication étant
beaucoup plus important, le roman d’Agnès Martin-Lugand, une fois repéré et
récupéré par les Editions Michel Lafont s’est ainsi vendu à plus de 500.000
exemplaires.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Finalement, les éléments communs à tous les best-sellers sont
leur classement dans les meilleures ventes littéraires et donc les bénéfices
qu’ils rapportent ainsi qu’une certaine recette littéraire que les maisons
d’édition tentent d’intégrer dans leur ligne éditoriale. Synonyme de réussite
littéraire pour beaucoup d’auteurs, ils font partie des espoirs des maisons
d’édition pour sortir du lot. Pourtant, il est intéressant de constater que très peu
d’auteurs s’autoéditant ou même de petites maisons d’édition privées, et donc
par conséquent moins mis en avant, peuvent espérer sortir le best-seller tant
attendu. La réalité est plus contrastée que cela : les prix littéraires sont
toujours à ce jour dominés par les grandes maisons d’édition et souvent par les
mêmes types d’auteurs. Par conséquent, les best-sellers peuvent être considérés
comme un privilège de grands groupes, sauf quand bien sûr des exceptions
viennent confirmer la règle. Souvent synonyme également de qualité (et de
nombreux best-sellers primés ou non le sont), la critique que l&#039;on peut faire aux best-sellers est que ceux-ci peuvent suivre une formule conduisant de plus en plus les auteurs à se «
best-selleriser » et à écrire des romans ou des livres se ressemblant les uns aux
autres (ou du moins aux trames similaires). En ce sens, on pourrait se
demander si les maisons d’édition (et les grands groupes tout
particulièrement), dans leur quête absolue de best-sellers et de meilleures
ventes, ne conduisent pas, en mettant de côté des livres « moins vendeurs », à
une certaine uniformisation du catalogue littéraire ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Et vous, qu’en pensez-vous ? N&#039;hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires, votre avis m&#039;intéresse !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;</description>
            </item>
                    <item>
                <title>Kateb Yacine et la quête identitaire : une histoire de langue maternelle ~ Laureline Chatriot</title>
                <link>http://le-cadavre-exquis.mozello.com/encreetacte/livres/la-tribune/params/post/2624661/</link>
                <pubDate>Wed, 17 Feb 2021 21:23:00 +0000</pubDate>
                <description>&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Dans la littérature maghrébine en langue
française, Kateb Yacine est sans doute, dans son rapport à la langue
maternelle, l’auteur le plus pertinent de son temps. Le terme « langue maternelle »
s’inscrit dans une distinction entre langue vernaculaire, vulgaire, et une
langue des érudits. C’est communément la langue parlée par le peuple et il se
joue ici une opposition entre l’écrit et l’oral, l’oralité étant une dimension
importante dans la notion de langue maternelle. Généralement associée à
l’apprentissage de la parole, la langue maternelle est la première langue
apprise et généralement maîtrisée par l’enfant, c’est la langue d’un ou des
parents ou celle qui est usuellement parlée au sein de la sphère privée ou
familiale. Langue de l’enfance, la notion de langue maternelle peut aussi être
associée au pays de naissance et à sa terre natale.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Kateb Yacine est un romancier, dramaturge,
metteur en scène et essayiste algérien né à Constantine en 1929 et issu d’une
famille de Chaouis, une ethnie berbérophone du nord-est de l’Algérie.
Arabophone, en plus de maîtriser certains dialectes berbères, son père l’envoie
à l’école française où Kateb y apprend le français, dans un contexte encore marqué
par la domination de la métropole dans le pays, ce dernier n’étant pas encore
indépendant. Si sa passion pour la langue française est réelle, il est poussé
par son institutrice à rapidement abandonner la langue arabe et dialectale au
sein même de sa famille. A l’âge de seize ans, son premier contact avec la
réalité coloniale intervient lors des événements de Mai 1945 au cours desquels
il est arrêté, emprisonné et torturé. A sa sortie de prison, il est exclu du
lycée et retrouve une mère devenue folle parce que le croyant mort et un père
terrassé par la maladie. C’est véritablement à partir de ce moment de sa vie
que s’opère une prise de conscience chez l’écrivain : une prise de conscience
de sa condition de colonisé, de son aliénation linguistique, sociale mais aussi
culturelle. Langue de l’élévation sociale pour son père, langue du colonisateur
pour Kateb, le français devient pour lui le reflet de la position marginalisée
dans laquelle il se trouve : entre admiration et haine pour cette langue
qui lui a permis de se faire connaître du public et d’asseoir son statut
d’écrivain, il cherche un moyen de réhabiliter, à travers l’écriture, la langue
arabe et surtout sa vraie langue maternelle : le berbère.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;a href=&quot;https://www.humanite.fr/et-si-relisait-kateb-yacine-679298&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://site-1292726.mozfiles.com/files/1292726/Kateb_Yacine_1.jpg&quot; class=&quot;moze-img-center&quot; alt=&quot;&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;La langue maternelle pour Kateb Yacine
s’inscrit dans une quête du lien rompu avec sa mère, mais elle se rapporte
également à l’idée plus large de Nation et d’un attachement fort à la terre
natale, teintant sa quête d’une dimension plus politique. Cette rupture et ce
traumatisme de la langue maternelle arrachée à l’enfance sont évoqués
dans &lt;b&gt;&lt;i&gt;Le Polygone Etoilé&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, roman hybride, intercalé de poésie.
Kateb, nom prédestiné car signifiant «écrivain» en arabe, écrit uniquement en
français. Lorsqu’il évoque son expérience d’écrivain, il admet que ce qui
relève des souvenirs, des sensations, des pensées, viennent à lui en arabe,
pourtant il ne peut les exprimer qu’en français. A l’image de Nerval dans son
roman &lt;b&gt;&lt;i&gt;Sylvie&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, le roman de Kateb Yacine mêle fiction et
réalité, dans une réflexion sur son rapport à la langue maternelle, en
particulier sur la question de l’identité. Son œuvre cherche également à
montrer le pouvoir de l’écriture dans la revalorisation des langues
maternelles, dans les pays colonisés et, dans le cas de Kateb Yacine, à travers
l’exemple de l’Algérie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Dans quelle mesure Kateb Yacine permet-il une
revalorisation de sa langue maternelle, dans le contexte particulier du
plurilinguisme algérien ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;b style=&quot;&quot;&gt;&lt;u&gt;Kateb Yacine : la dialectique langue / identité dans le cas
de l’Algérie colonisée&lt;/u&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; -&amp;nbsp; La langue maternelle, une identité se
construisant dans le plurilinguisme ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;La langue maternelle dans les pays colonisés
est une véritable question que l’on peut se poser, surtout lorsque l’on se
réfère au Maghreb. En effet, dans les pays qui ont été colonisés par la France,
le français était la langue officielle. C’était celle de l’école et des
institutions. L’arabe ou le berbère dans les pays du Maghreb, par exemple,
étaient infériorisés parce qu’appartenant aux “indigènes” et notamment perçus
comme étrangers au processus artistique et culturel. En Afrique, certaines
langues, dont la pratique n’est qu’orale, ne peuvent se substituer au français
écrit et sont donc dénigrées. Kateb Yacine, est d’ailleurs très justement cité
par Bouchène et Awal dans leur ouvrage &lt;b&gt;&lt;i&gt;Les Ancêtres redoublent de
férocité&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; paru en 1990, pour évoquer, en dehors de la primauté du
français, la pluralité des langues intrinsèquement liées à l’Algérie
même :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;« On
croirait aujourd’hui, en Algérie et dans le monde, que les Algériens parlent
l’arabe. Moi-même, je le croyais, jusqu’au jour où je me suis perdu en Kabylie.
Pour retrouver mon chemin, je me suis adressé à un paysan sur la route. Je lui
ai parlé en arabe. Il m’a répondu en tamazight. Impossible de se comprendre. Ce
dialogue de sourds m’a donné à réfléchir. Je me suis demandé si le paysan
kabyle aurait dû parler arabe, ou si, au contraire, j’aurais dû parler
tamazight, la première langue du pays depuis les temps préhistoriques…»&lt;/span&gt; &lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;texte moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;S’il
y a bien un auteur qui s’est le plus intéressé aux langues dialectales de son
pays, c’est bien Kateb, mettant en avant dans son œuvre la pluralité des
langues à l’intérieur même de son pays. Cette identification permet à l’auteur
de se rapprocher aussi de ses origines, sa famille étant issue de la région de
Chaouia et étant, de fait, berbérophone. Le berbère d’ailleurs est une langue
chère à Kateb Yacine et il s’interroge régulièrement sur celle-ci, comme dans
la revue &lt;b&gt;&lt;i&gt;Ghania Khelifi&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; :&lt;br&gt;
&lt;i&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;« Mais quand on parle au peuple dans sa langue, il ouvre
grand les oreilles. On parle de l’arabe, on parle du français, mais on oublie
l’essentiel, ce qu’on appelle le berbère. Terme faux, venimeux même qui vient
du mot ‘barbare’. Pourquoi ne pas appeler les choses par leur nom ? Ne pas
parler du « Tamazirt », la langue, et « d’Amazir », ce mot
qui représente à la fois le lopin de terre, le pays et l’homme
libre ? »&lt;/span&gt; &lt;/i&gt;Pourtant
le plurilinguisme qui caractérise Kateb Yacine et plus largement l’Algérie
elle-même, et dans l’interrogation sur la langue mère, cette langue des
origines ou de la mère, a été largement annihilée voire étouffée dans le
spectre du français comme langue officielle. Cela donne par là-même un statut
presque confidentiel à l’arabe et surtout aux dialectes, car ces langues
n’ayant pas de place dans l’espace public, elles se réservaient pour le privé
et l’intime. En Algérie et dans les pays colonisés ou annexés par la France, le
français est alors la langue du colon. C’est, comme le dit Charles Bonn,
universitaire spécialiste des littératures du Maghreb, dans un article intitulé
« Le roman maghrébin », présent dans &lt;b&gt;&lt;i&gt;Littérature
francophone. Tome 1: Le Roman&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;« l’instrument d’une profonde blessure identitaire autant que
politique. Le choix de cette langue est parfois vécu comme celui de la
capitulation, et il est à l’origine celui des pères défaillants dans leur rôle
de garants de la loi que représente la langue. »&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;L’universitaire cite à ce propos les toutes dernières phrases du&lt;i&gt; « &lt;b&gt;Polygone
étoilé&lt;/b&gt; » &lt;/i&gt;de Kateb Yacine :&lt;i&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;« Ma
mère était trop fine pour ne pas s’émouvoir de l’infidélité qui lui fut ainsi
faite. Et je la vois encore, toute froissée, m’arrachant à mes livres – tu vas
tomber malade! – puis un soir, d’une voix candide, non sans tristesse, me
disant : « Puisque je ne dois plus te distraire de ton autre monde,
apprends-moi donc la langue française… » Ainsi se referma le piège des
Temps Modernes sur mes frêles racines, et j’enrage à présent de ma stupide
fierté, le jour où, un journal français à la main, ma mère s’installa devant ma
table de travail, lointaine comme jamais, pâle et silencieuse […]. »
(page 183)&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;Dans ce passage, Kateb Yacine
raconte comment il se soumet, devant sa mère, au désir de capitulation de son
père. Véritable sentiment d’échec, Kateb émet l’idée que le changement de
langue le fait irrémédiablement changer de monde, au détriment de son lien avec
sa mère. Bien que l’auteur n’ait jamais nié son amour de la langue française,
il vit toutefois ce passage à cette langue imposée, qui lui semble définitif,
comme une infidélité faite à sa mère et le marquant à jamais dans la construction
même de son identité, évoquant même un «piège» qui se refermerait sur ses
«frêles racines». Kateb Yacine observe ainsi la langue maternelle à travers le
prisme d’une identité partagée, entre langue de l’enfance et langue d’écriture.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;MsoListParagraph moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;-&amp;nbsp; La langue maternelle, une identité
partagée entre langue de l’enfance et langue d’écriture :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Dans le documentaire &lt;b&gt;&lt;i&gt;D’une
langue à l’autre&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, réalisé par la documentariste française Nurith Aviv
en 2004, la langue maternelle, dans les différents discours, est présentée comme
langue de l’enfance, de l’oralité, du murmure. On retrouve d’ailleurs
l’image du lait maternel, faisant donc écho à une langue du cœur et de la
maternité. La langue maternelle est souvent la langue des parents, celle qu’ils
parlent entre eux et que l’enfant veut absolument comprendre.
L’ambivalence se joue lorsque la langue ne devient pas une langue
maternelle, mais une langue de création. Martine Paulin dans son article
«Langue maternelle et langue d’écriture» paru dans la revue &lt;b&gt;&lt;i&gt;Hommes
&amp;amp; migrations&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, rappelle que c’est la mère qui est le caractère
ineffaçable de la langue, comme une empreinte et un marquage généalogique,
symbolique, culturel et affectif. Chez Kateb Yacine, ce lien maternel est rompu
comme il l’évoque à la page 183-84 du &lt;b&gt;&lt;i&gt;Polygone étoilé&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot; class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;«
Jamais je n’ai cessé, même au jours de succès près de l’institutrice, de
ressentir au fond de moi cette seconde rupture du lien ombilical, cet exil
intérieur qui ne rapprochait plus l’écolier de sa mère pour les arracher,
chaque fois un peu plus, au murmure du sang, aux frémissements réprobateurs
d’une langue bannie, secrètement , d’un même accord, aussitôt brisé que conclu…
Ainsi avais-je perdu tout à la fois ma mère et son langage, les seuls trésors
inaliénables – et pourtant aliénés ! » (p.181-182).&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;L’image du cordon ombilical, qu’on
voudrait couper ou préserver, revient constamment dans ses écrits. Si la langue
est dite “maternelle”, c’est qu’elle renvoie au continent charnel premier,
réveillant au passage les cicatrices de cet «exil intérieur» que Kateb ressent.
Si l’apprentissage du français est une réussite sociale et scolaire pour lui,
elle est revanche synonyme d’aliénation en ce qui concerne la langue
maternelle, le français venant en quelque sorte «parasiter» ce lien maternel
qui le renvoie par extension à toute son enfance et à son histoire. Kateb
ressentit longtemps la douleur de la séparation avec sa mère, sa langue
maternelle et sa culture. La langue, qu’elle soit maternelle ou non, peut à la
fois être un repoussoir et un modèle. Chez Kateb, le français provoque cet
effet, car s’il en mesure tout le négatif, il ne peut paradoxalement pas s’en
passer non plus. Pour certains écrivains, l’adoption d’une langue d’écriture
nouvelle protège d’une double appartenance qui peut fragiliser, mais il arrive
aussi que le passage d’une langue à l’autre ne génère ni force ni refus, soit
vécu comme une perte et aboutie finalement à un sentiment de deuil comme l’a
vécu Kateb Yacine une grande partie de sa vie. Ces positions reflètent le
caractère conflictuel du processus. Il arrive qu’un choix, comme l’abandon
d’une langue, devienne impossible : faire coexister langue maternelle et
langue d’écriture, c’est refuser d’être scindé, refuser la coupure entre passé
et présent, arabe et français, ancienne et nouvelle identité… C’est en quelque
sorte vouloir rester “uni en soi”, si l’on peut dire, s’articulant toujours
dans cette idée d’associer une unité de l’être à un plurilinguisme
linguistique. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Cette identité partagée entre la langue
maternelle et la langue de l’écriture, qui pour Kateb est le français, permet
par conséquent de forger une expérience particulière de l’écriture et une
identité en tant qu’écrivain. Le choix, par les écrivains maghrébins, de la
langue française comme moyen d’expression, leur a été souvent imposé par les
circonstances. Ils s’en sont servis pour réclamer l’usage d’une langue
nationale, l’arabe, ou rappeler l’existence de leur langue maternelle. Ils s’en
sont servis comme de l’outil le plus immédiatement accessible pour exprimer ce
qu’ils avaient à dire. Pourtant, les écrivains dans la situation de Kateb
Yacine se retrouvent la plupart du temps incapable d’écrire dans leur langue
natale, et pour cause que la langue de l’écrit est la langue qu’ils ont la plus
appris et pratiqué, comme en témoigne Kateb dans la revue &lt;b&gt;&lt;i&gt;Jeune
Afrique Magazine&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;, de Juillet-Août 1988 :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;« L’écriture en français me manque, j’ai besoin d’écrire. Or je ne
peux écrire que dans la langue que je possède le mieux: le français. »&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Ainsi pour Kateb, la lutte de l’écrivain algérien contre sa langue
d’adoption le pousse «à inventer, à improviser, à innover» (&lt;b&gt;&lt;i&gt;Témoignage
chrétien&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;). La lutte est plus ou moins dramatiquement vécue selon que
l’écrivain a le sentiment de créer à partir de rien, ou de transposer une
culture existant déjà sous une autre forme. Aussi Kateb Yacine se confie sur
son expérience d’écrivain dans &lt;b&gt;&lt;i&gt;Témoignage chrétien&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; et
évoque le fait que la pratique du français comme langue d’écriture lui permet
de faire converger en une symbiose culturelle, les deux mondes dans lequel il
évolue, entre un monde de l’arabité et l’Algérie, qu’il associe à ses sens
et à ses émotions, autrement dit à l’espace de l’intime ; et la
langue française et la France, associées à sa position d’écrivain :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot; class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;« La
plupart de mes souvenirs, sensations, rêveries, monologues intérieurs, se
rapportent à mon pays. Il est naturel que je les ressente sous leur forme
première, dans ma langue maternelle, l’arabe. Mais je ne puis les élaborer, les
exprimer qu’en français. Au fond, la chose est simple : mon pays, mon
peuple sont l’immense réserve où je vais tout naturellement m’abreuver. Par
ailleurs, l’étude et la pratique passionnées de la langue française ont
déterminé mon destin d’écrivain. Il serait vain de reculer devant une telle
contradiction, car elle est précieuse. Elle consacre l’un de ces mariages entre
peuples et civilisations qui n’en sont encore qu’à leurs premiers fruits, les
plus amers. Les greffes douloureuses sont autant de promesses. Pourvu que le
verger commun s’étende, s’approfondisse, et que les herbes folles franchissent,
implacables, les clôtures de fer. »&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;texte moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Les
premiers écrivains maghrébins, entre 1945 et 1956, ont pris la parole dans la
langue du «colonisateur», marquant la frustration de leur langue maternelle. Le
colonialisme, pour citer l&#039;écrivain Malek Haddad, est une «pathologie de
l’histoire». Cette situation entre deux langues est perçue comme un malaise,
que Kateb Yacine tente de soulager par la reconquête de la langue maternelle et
sa revalorisation par le biais du théâtre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoHyperlink&quot;&gt;&lt;b&gt;Kateb Yacine : «le pouvoir politique
de l’écriture face au poids de l’Histoire» (Dr. &lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;b&gt;Saddek Aouadi)&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp; &amp;nbsp;- La reconquête de la langue maternelle&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;&quot;&gt;Kateb Yacine est un écrivain engagé. Engagé
politiquement au parti communiste, c’est avec le même engagement qu’il revient
à la langue maternelle. Ce retour à la langue maternelle c’est redonner un
territoire, un public ainsi qu’une légitimité politique à cette langue
maternelle qui a pu être étouffée. C’est ici toute une idée de la Nation, se
développant autour d’une théorie de la langue comme lien entre le peuple
et la culture que les allemands nomment « Volksgeist » ou
l’«esprit du peuple» qui se développe dans les récits de Kateb. Marc Crépon
dans son article «Ce qu’on demande aux langues», dans l’ouvrage &lt;/span&gt;&lt;b style=&quot;color: rgb(0, 0, 0); font-size: 14px; text-align: justify;&quot;&gt;&lt;i&gt;Monolinguisme
de l’autre&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;&quot;&gt; à propos de la thèse de Derrida, met en garde contre
les pièges du nationalisme cachés dans les sacres de la langue maternelle. La
question à se poser est celle de l’altérité : le contraste des langues ne
peut être effacé et il y a toujours de la pluralité là il y a du plurilinguisme
et une société multiculturelle. Derrida remet en cause l’appropriation de la
culture et développe l’idée d’une culture coloniale. Donc la culture ne doit
pas être une mais doit faire une place à l’autre, être hospitalière, cette
conception valant aussi pour les minorités opprimées. Kateb Yacine nuance la
thèse de Derrida : s’il admet lui aussi l’idée d’une culture coloniale, il
conçoit et encourage même le processus d’appropriation de la langue et de la
culture, comme un moyen de se libérer de l’oppression, comme il l’explique
dans &lt;/span&gt;&lt;b style=&quot;color: rgb(0, 0, 0); font-size: 14px; text-align: justify;&quot;&gt;&lt;i&gt;Les Lettres nouvelles&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style=&quot;color: rgb(0, 0, 0); text-align: justify;&quot;&gt; :&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;br style=&quot;mso-special-character:line-break&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;«&amp;nbsp;Les
quelques Algériens qui ont acquis la connaissance de la langue française
n’oublient pas facilement qu’ils ont arraché cette connaissance de haute lutte,
en dépit des barrières sociales, raciales, religieuses, que le système colonial
a dressées entre nos deux peuples. C’est à ce titre que la langue française
nous appartient, et que nous entendons la préserver aussi jalousement que nos
langues traditionnelles. En effet, je n’hésite pas à affirmer, paradoxalement,
que la langue française, introduite en Algérie comme moyen de
dépersonnalisation, est devenue, par un juste retour des choses, le
haut-parleur le plus puissant d’où surgissent en chœur les voix les plus
authentiques d’un pays aux mille visages, d’un pays qui accède à son unité par
le chemin le plus court : celui qui lui ouvrirent sans le savoir ses
derniers conquérants […] On ne se sert pas en vain d’une langue et d’une
culture universelle pour humilier un peuple dans son âme. Tôt ou tard, le
peuple s’empare de cette langue, de cette culture, et il en fait les armes à
longue portée de sa libération.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;Retrouver la langue maternelle et la remettre
au centre des préoccupations du peuple, permet de mettre un terme à ce mot fort
de «dépersonnalisation» qu’emploi Kateb : en introduisant le français
comme langue possible de ce peuple algérien en reconstruction identitaire, la
langue qu’il considère dorénavant comme un «butin de guerre», vient se placer
en opposition au sentiment de collaboration culturelle et politique que
l’écrivain avait ressenti plus jeune, aussi bien chez ses parents que chez
lui-même. Kateb par cette réappropriation, veut ouvrir la voie au travail de
mémoire, pour ressusciter en version originelle les émotions et les sensations
du passé.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;texte moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;La
reconquête de la langue maternelle&lt;b&gt; &lt;/b&gt;passe par sa&lt;b&gt; &lt;/b&gt;promotion
et sa sauvegarde, Kateb en est dans ce sens, le meilleur exemple. Il est parmi
les écrivains arabophones d’Algérie, un des rares, sinon le seul, à avoir
toujours défendu la langue berbère. Le berbère est pour lui une des langues du
peuple&lt;b&gt; &lt;/b&gt;et la mettre en avant est un moyen pour Kateb de renouer
avec les racines profondes de l’Algérie ainsi qu’avec ses racines familiales.
Pouvant être mis en parallèle avec la thèse de Marina Yaguello, prônant une
égalité entre toutes les langues, Kateb Yacine en 1963, lors d’un débat&lt;b&gt; &lt;/b&gt;au
Théâtre Récamier à Paris, affirmait que le kabyle, le chaouïa, devait pouvoir
se développer à égalité avec le français et l’arabe (parlé encore par une
minorité de personne à la sortie de la guerre, mais de plus en plus apprise via
une politique éducative). L’auteure Jacqueline Arnaud, dans son ouvrage &lt;b&gt;&lt;i&gt;Recherche
sur la littérature maghrébine de langue française : le cas de Kateb Yacine&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;explique
que Kateb&lt;b&gt; &lt;/b&gt;préconisait entre autre l’exemple de l’URSS, qui a permis
aux minorités ethniques de son territoire&lt;b&gt; &lt;/b&gt;de conserver leur langue.
Mais ajoutait-il, «il ne faudrait pas que chacun s’enferme dans sa langue, qui
serait alors instrument de régression ; il faudrait en Algérie, apprendre
le berbère, l’arabe, le français». Kateb Yacine utilise la parole comme un acte
politique comme il l’a déjà fait avec la langue française. Il rétablit une
égalité linguistique confisquée et replace ainsi le peuple dans une certaine
égalité de parole, en conférant aux langues populaires un certain pouvoir. En
donnant la parole au peuple, il lui offre une liberté de discours que Kateb
Yacine va mettre en forme à travers la réappropriation de la langue maternelle
par le théâtre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;texte moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&amp;nbsp; &amp;nbsp;-&amp;nbsp; Une réappropriation de la langue maternelle
par le théâtre&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;A travers la réappropriation de la langue
maternelle par le théâtre, c’est non seulement la création artistique, mais
aussi la quête de soi qui est en jeu ici. Au cœur de l’écriture, qui est remise
en question en tant que représentation de la parole, se joue un positionnement
identitaire, politique et culturel, dans sa dimension mémorielle, avec ses
fractures, conscientes ou non, au sein de l’individu, des fratries et de la
société. L’auteur Zalia Sékaï, dans un article intitulé « &lt;b&gt;Kateb Yacine
et les langues en Algérie. Revalorisation des langues populaires algériennes à
travers le théâtre&lt;/b&gt; », publié dans Etudes et documents berbères
estime que la question de la langue est au cœur de toute œuvre
littéraire : le français comme langue d’écriture intensifie chez les
écrivains en exil leur conscience artistique et existentielle. Pour Kateb, le
dernier «obstacle» était celui de la langue française et l’aliénation qu’elle représentait
pour lui. A partir de 1970, il quitte la France pour retourner définitivement
en Algérie et ainsi, de longues années en exil, loin de son pays et de sa
langue maternelle, mais aussi loin du public qu’il aurait voulu avoir et pour
qui il aurait voulu écrire. Kateb Yacine revient à ce qu’il a toujours voulu
faire : un théâtre en arabe parlé. Il évoque son vœux de fonder un théâtre
en arabe dans la revue &lt;b&gt;&lt;i&gt;El Moudjahid Culturel&lt;/i&gt;&lt;/b&gt; du 4 avril
1975 en ces termes :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;« Combien de fois j’ai rêvé quand j’étais en France de
m’exprimer (....) en arabe populaire. C’est une idée qui ne m’a jamais quitté
mais je restais trop prisonnier du français. »&lt;/span&gt; &lt;/i&gt;L’auteur Domenico Canciani dans son article «&lt;b&gt;Une science
et une politique pour Babel&lt;/b&gt;», explique qu’en Algérie, les relations
diglossiques sont en grande partie le produit des politiques d’expansion
linguistique française et arabe, des tentatives d’unification linguistique, qui
impliquent un état de minoration et de subordination linguistique de
l’oral face à l’écrit, du dialecte face à la langue. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p class=&quot;moze-justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;La production théâtrale de Kateb Yacine révèle
les difficultés de coexistence des différentes langues en Algérie et s’inscrit
précisément dans
une perspective de rupture avec le schéma diglossique, qui impose la langue
écrite, de l’idéologie dominante sur le domaine linguistique. Face à
l’impérialisme linguistique de l’arabe classique, Kateb Yacine produit un
théâtre destiné à réhabiliter les dialectes, l’oralité et par conséquent, le
peuple. Il réactive la tradition populaire dans le dessein de la révolution, de
l’autre libération, de la réconciliation des Algériens avec eux-mêmes,
leur histoire, leur langue et leur pluralité. En allant au-devant du peuple,
c’est lui qui s’adapte au peuple et non l’inverse. Kateb sort en quelque sorte
de sa posture d’écrivain, en entrant dans celle du metteur en scène de langue
arabe et dialectale. Kateb maintient l’oralité dans le cadre du théâtre,
permettant de se libérer de la contrainte de la langue écrite. Toutefois, Kateb
Yacine continue la démarche fondamentale de l’écrivain, consistant à faire
le lien national entre les différentes langues populaires. Kateb Yacine a
trouvé le meilleur moyen de renouer avec ses traditions, et sa langue
maternelle qui lui est chère en la promouvant et en plaçant les dialectes
populaires, au même niveau que les langues à la connotation plus savante. La
réappropriation de la langue par le théâtre de Kateb Yacine a été saluée
par l’écrivain Tahar Ben Jelloun, qui mettant en avant le fait que l’Algérie
est principalement un pays où l’oralité prime par tradition, plus que dans
n’importe quel pays :&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&quot;moze-blockquote&quot;&gt;«
Il est étonnant que le plus grand écrivain du Maghreb, Kateb Yacine, qui écrit
en français et s’est recyclé dans le théâtre oral, se soit exprimé dans une
langue populaire, à la suite d’un travail collectif, où il reprend contes et
légendes. Car écrire en arabe ou en français revient pour moi à la même chose à
partir du moment où le peuple avec qui et pour qui j’écris ne me lit pas.
Ecrire des livres dans un peuple de tradition orale reste une aliénation. Kateb
Yacine lui, a trouvé une solution dans le théâtre populaire.»&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

&lt;h4 style=&quot;margin:0cm;margin-bottom:.0001pt;text-align:justify;line-height:
15.75pt;background:white;vertical-align:baseline&quot;&gt; &lt;/h4&gt;

&lt;span style=&quot;color: #000000&quot;&gt;&lt;div class=&quot;moze-justify&quot;&gt;Pour conclure, l’existence même de Kateb Yacine,
son parcours personnel et littéraire, le caractère militant de son œuvre
mettent en lumière le problème d’ordre linguistique, touchant la langue
maternelle, qui intervient dans les pays colonisés. Cette diglossie, qu’il
tente de concilier à travers la valorisation et la réappropriation de la langue
maternelle dans le théâtre en langue arabe et dialectale, se retrouve aussi à
travers l’idée d’une identité partagée entre la langue de l’enfance, liée à la
mère, à la terre natale, et la langue de l’écriture. Le phénomène de diglossie
révèle la difficulté de concilier la volonté de créer un État unitaire et la
situation du plurilinguisme. Il est issu de l’échec de la politique de
francisation et plus tard d’arabisation, d’uniformisation de la langue, dans un
pays traditionnellement issu de l’oralité, ainsi que des résistances des
particularités régionales et familiales, à l’image même du mythe de Babel. Ce
« poète en trois langues », selon le titre du film que Stéphane Gatti
lui a consacré, marque ainsi la tendance à faire de la diversité une division
et soulève la question des relations individu/collectif sur le modèle de la
dialectique langue et identité.&lt;/div&gt;&lt;/span&gt;</description>
            </item>
            </channel>
</rss>